Le parc naturel de la zone volcanique de la Garrotxa est un espace protégé catalan créé en 1982 autour d’Olot, dans la province de Gérone. Il couvre environ 15 000 hectares sur onze communes et rassemble une quarantaine de cônes volcaniques ainsi qu’une vingtaine de coulées de lave : c’est le paysage volcanique le mieux conservé de la péninsule ibérique. Les incontournables sont le Croscat, le cratère de Santa Margarida, la hêtraie de la Fageda d’en Jordà et le volcan Montsacopa, situé en pleine ville.
À moins de deux heures de route de Perpignan, la Garrotxa a de quoi surprendre. Pas de roche nue ni de fumerolles ici : les volcans sont couverts de chênes, de hêtres et de prairies, au point qu’on peut marcher sur une coulée de lave sans s’en rendre compte. Ce guide, mis à jour en novembre 2026, explique comment ce relief s’est formé, quels sites voir en priorité, comment organiser sa venue depuis la France et quels gestes adopter sur des terrains qui appartiennent pour la plupart à des propriétaires privés.
Un parc naturel né de la plus vaste zone volcanique de la péninsule ibérique
La Garrotxa se trouve sur le champ volcanique de la Catalogne, une zone de failles où le magma est remonté à plusieurs reprises pendant plusieurs centaines de milliers d’années. La plupart des éruptions étaient de type strombolien : des explosions modérées qui projetaient scories et lapilli, lesquels se sont accumulés en cônes réguliers. D’autres, dites phréatomagmatiques, sont nées du contact entre le magma et l’eau souterraine. Elles étaient plus violentes et ont laissé des cratères larges et peu profonds. Selon les estimations couramment citées, les dernières éruptions remonteraient à un peu plus de 10 000 ans, un délai très court à l’échelle géologique.
Si ces volcans paraissent si verts, c’est à cause du climat. Les Pyrénées toutes proches retiennent les nuages, il pleut beaucoup, et les sols volcaniques, riches en minéraux, nourrissent une végétation abondante. En quelques millénaires, la forêt a recouvert les cônes, et c’est ce qui rend ce paysage si différent des volcans nus de Lanzarote ou de l’Etna.
La protection a d’abord été une réaction à l’exploitation des carrières : on extrayait les scories, appelées gredas en catalan, pour les chantiers et l’industrie. La loi catalane de 1982 a créé le parc naturel et, à l’intérieur, plusieurs réserves naturelles où les règles sont plus strictes. La Garrotxa appartient ainsi à un réseau d’espaces protégés de statuts très variés. Pour comparer avec un massif de haute montagne, on peut lire notre dossier sur Aigüestortes, le seul parc national de la région. Pour un milieu littoral, il y a le Cap de Creus, à la fois marin et terrestre, ou encore les Îles Medes, réputées pour leurs fonds sous-marins. Dans les trois cas, la logique de protection ne ressemble pas à celle d’un territoire volcanique habité comme la Garrotxa.
Les volcans de la Garrotxa à voir en priorité
Le parc compte des dizaines de sites, mais cinq d’entre eux suffisent à saisir l’essentiel du phénomène. Le tableau ci-dessous aide à choisir selon le temps dont on dispose.
| Site | Ce qu’on y voit | Durée conseillée | Niveau |
|---|---|---|---|
| Volcan du Croscat | Coupe intérieure d’un cône strombolien | 1 h à 1 h 30 | Facile |
| Volcan de Santa Margarida | Cratère boisé et ermitage au fond | 1 h 30 à 2 h | Facile, avec une montée |
| Fageda d’en Jordà | Hêtraie poussant sur une coulée de lave | 1 h à 2 h | Très facile |
| Volcan Montsacopa | Cratère urbain et vue sur Olot | 45 min | Facile |
| Castellfollit de la Roca | Village perché sur une falaise de basalte | 1 h | Très facile |
Le Croscat, coupe géologique à ciel ouvert
Avec environ 160 mètres de hauteur, le Croscat est le plus grand cône de la péninsule. C’est aussi l’un des plus récents. L’ancienne carrière a entaillé son flanc, et ce qui était une blessure est devenu un outil pédagogique : on y lit les couches de scories noires et rougeâtres déposées éruption après éruption. Les panneaux du sentier expliquent la formation du cône mieux que n’importe quel schéma.
Santa Margarida, un cratère et son ermitage
Le volcan de Santa Margarida a un cratère presque circulaire d’environ 350 mètres de diamètre, entièrement couvert de végétation. Au fond, sur une prairie, se dresse un petit ermitage. La montée se fait dans la forêt, puis on descend dans le cratère. C’est l’une des images les plus connues de la Garrotxa.
La Fageda d’en Jordà, une hêtraie hors norme
D’habitude, le hêtre pousse plus haut en altitude. Ici, il s’est installé vers 550 mètres, sur la coulée de lave du Croscat, profitant de l’humidité et d’un sol irrégulier. Le poète Joan Maragall a rendu ce bois célèbre. En automne, les feuilles rousses sur les petites bosses de lave, appelées tossols, créent une lumière qu’on ne trouve nulle part ailleurs en Catalogne. La promenade est presque plate, ce qui convient aux familles.
Le volcan Montsacopa, au cœur d’Olot
Olot est l’une des rares villes européennes construites au milieu de volcans : Montsacopa, Montolivet, la Garrinada et Bisaroques se trouvent dans son périmètre urbain. On monte au Montsacopa par un chemin aménagé depuis le centre. Son cratère mesure environ 120 mètres de diamètre pour une douzaine de mètres de profondeur. Au sommet, on trouve une chapelle du XVIIe siècle, deux anciennes tours de guet et un panorama à 360 degrés sur la vallée.
Castellfollit de la Roca et ses orgues basaltiques
À l’est du parc, le village de Castellfollit s’étire au bord d’une falaise de basalte d’une cinquantaine de mètres. Elle est formée de deux coulées superposées que les rivières Fluvià et Toronell ont dégagées peu à peu. Le meilleur point de vue se trouve en contrebas, près du pont, où l’on voit nettement les colonnes prismatiques.
Organiser sa visite du parc naturel de la zone volcanique de la Garrotxa
Depuis la France, le trajet le plus simple passe par l’autoroute jusqu’à Figueres, puis par la route qui rejoint Olot via Besalú, un village médiéval qui mérite une halte. Comptez environ 1 h 30 depuis Perpignan et 50 minutes depuis Gérone. Les principaux sites naturels ont des parkings payants pour les voitures (Can Xel pour Santa Margarida et le Croscat, Can Serra pour la Fageda). L’accès à pied aux sentiers reste libre.
Il vaut mieux commencer par le Casal dels Volcans, à Olot. Ce centre d’information est installé dans le jardin botanique et accueille un musée consacré aux volcans et aux séismes, notamment ceux qui ont détruit la ville au XVe siècle. On y trouve des cartes des itinéraires balisés et des informations à jour sur les fermetures de sentiers ou les travaux.
Chaque saison a ses avantages :
- Printemps : les prairies sont très vertes, les sources coulent et il fait doux pour marcher.
- Été : l’ombre des forêts protège de la chaleur, mais les parkings sont saturés le week-end en milieu de journée.
- Automne : c’est le moment le plus prisé, grâce aux couleurs de la Fageda d’en Jordà, surtout fin octobre et début novembre.
- Hiver : peu de monde, des brumes matinales dans les cratères, mais des journées courtes et des sentiers parfois boueux.
Pour une première visite, une journée suffit à voir le trio Fageda, Santa Margarida et Croscat grâce à la boucle balisée qui les relie, une dizaine de kilomètres à faire en une demi-journée. Avec un week-end, on ajoute Olot, le Montsacopa et Castellfollit sans se presser.
Randonnée, vélo ou montgolfière : trois façons d’explorer la Garrotxa volcanique
La marche reste le meilleur moyen de comprendre le relief, car le réseau d’itinéraires balisés est dense et bien entretenu. Les cyclistes peuvent emprunter la voie verte du Carrilet, une ancienne ligne de chemin de fer d’environ 55 kilomètres entre Olot et Gérone, dont la pente douce convient aussi aux vélos à assistance électrique. Pour une vue d’ensemble, plusieurs entreprises proposent des vols en montgolfière à l’aube. Depuis le ciel, l’alignement des cônes devient évident, alors qu’au sol la forêt le cache. Ces vols dépendent beaucoup de la météo, et il faut réserver longtemps à l’avance pour l’automne.
Pièges à éviter sur les sentiers volcaniques autour d’Olot
Quelques erreurs reviennent souvent chez les visiteurs, et la plupart sont faciles à éviter :
- Oublier que le parc est habité. Plus de 90 % du territoire appartient à des propriétaires privés : fermes, prés et bois exploités. Il faut rester sur les chemins balisés et refermer les barrières.
- Arriver à 11 heures un dimanche d’octobre. Les parkings de la Fageda et de Can Xel sont pleins. Arriver tôt le matin ou en semaine change complètement l’expérience.
- Grimper sur les talus de scories. Les pentes du Croscat sont fragiles, et marcher dessus accélère l’érosion d’un site déjà abîmé par l’ancienne carrière.
- Sous-estimer l’humidité. Même en été, une averse peut rendre les sentiers glissants. De bonnes chaussures de marche valent mieux que des baskets lisses.
- Chercher des volcans spectaculaires et dénudés. Ici, on comprend le volcanisme par la forme du relief et les coupes géologiques, pas par des coulées noires visibles de loin.
Pouzzolane, basalte et sous-bois : ce que les volcans inspirent au jardin
La visite de la Garrotxa donne aussi des idées pour son propre jardin. Les scories rouges du Croscat sont de la même famille que la pouzzolane vendue en jardinerie. Ce gravier volcanique léger et poreux sert de paillage minéral : il garde la fraîcheur du sol, limite les mauvaises herbes et améliore le drainage des pots et des massifs de plantes méditerranéennes. Celle du commerce vient de carrières autorisées. Dans le parc, ramasser des pierres est interdit.
La Fageda inspire de son côté les coins ombragés. Sous de grands arbres, on peut associer fougères, hellébores, anémones des bois et mousses autour de quelques blocs de basalte. Ce massif d’ombre demande peu d’entretien s’il est bien paillé. Pour les dallages et les murets, le basalte, dense et sombre, met en valeur le vert des plantes, comme sur les façades anciennes d’Olot et de Castellfollit.
Le Croscat pourrait-il encore entrer en éruption ?
Les géologues considèrent le champ volcanique catalan comme une zone potentiellement active plutôt que totalement éteinte, parce que les dernières éruptions sont récentes à l’échelle géologique. Une surveillance sismique existe et aucun signe d’éruption imminente n’est signalé. La visite ne présente donc pas de risque volcanique particulier.
Faut-il payer pour entrer dans le parc naturel de la Garrotxa ?
Non, l’accès aux sentiers est gratuit. En revanche, les grands parkings situés au départ des itinéraires sont payants pour les véhicules, et certaines activités comme les musées, les montgolfières ou les calèches sont facturées à part.
Combien de jours prévoir pour découvrir la zone volcanique ?
Une journée permet de voir la Fageda d’en Jordà, Santa Margarida et le Croscat. Deux jours sont plus confortables pour ajouter Olot, le Montsacopa, Castellfollit de la Roca et Besalú sans courir.
Peut-on rejoindre la Garrotxa depuis la France sans voiture ?
Oui, mais cela demande un peu d’organisation. Le train relie la France à Gérone, puis des bus réguliers vont jusqu’à Olot. Sur place, certains sentiers partent à pied de la ville, et la voie verte du Carrilet se parcourt à vélo. Pensez à vérifier les horaires, surtout le dimanche.
A-t-on le droit d’emporter une pierre volcanique en souvenir ?
Non. Prélever des roches, des scories ou des plantes est interdit dans le parc, notamment dans les réserves naturelles. Pour un jardin, la pouzzolane vendue en jardinerie fait le même effet sans nuire au site.
